Manifestation des agents du centre des finances publiques de Vierzon (Cher)Pas d’abattement pour la lutte des agents des impôts

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Article paru dans l Humanité du 15 février 2016

À la suite d’une perte de près du quart des effectifs du centre des impôts de Vierzon (Cher), les agents sont en grève depuis trois semaines, soutenus par leurs collègues d’autres départements. L’égalité des territoires et le service dû aux citoyens sont en jeu.

Vierzon (Cher), envoyé spécial.

«À la réception des finances publiques de Vierzon, ce sont plus de 250 personnes qui viennent chaque jour, alors que nos effectifs se sont réduits de 10 agents en huit mois ! » lance un agent de recouvrement en grève depuis le 19 janvier, à l’appel des syndicats Solidaires, FO et CGT, comme près de 80 % de ses collègues vierzonnais qui ne peuvent plus faire face aux sollicitations des citoyens et aux dossiers qui s’entassent. Devant la porte du centre des impôts entravée d’une banderole « Agonie des finances publiques », ils sont plus d’une centaine à braver le froid pour revendiquer rien de moins que de disposer des moyens pour rendre le service auquel ont droit tous les citoyens. « C’est que beaucoup de gens sont en difficulté dans notre secteur où le tissu industriel est défait », précise Gillette Tessier, la représentante CGT du centre de Vierzon. « Pour 50 euros, certains nous demandent de régler en plusieurs fois », souligne-t-elle. « Et ce n’est pas en confiant tout à Internet que l’on va résoudre le problème, s’accordent à dire plusieurs agents. Certains contribuables n’ont même pas d’ordinateur ! »

La « schizophrénie du gouvernement »

Soumis aux mêmes conditions de travail, d’autres agents de trésoreries publiques sont venus donner de la force à la lutte. Anne-Christelle Lamy travaille à Mehun-sur-Yèvre, à quelques kilomètres de Vierzon, et s’inquiète du retard pris dans les dossiers après le départ non remplacé de deux de ses collègues. Dans le cortège de la manifestation qui a pris du corps, elle évoque les mandats pour les communes qui doivent boucler leurs comptes de gestion pour 2015 « et qui ne sont pas encore faits ». Venus les rejoindre dans la lutte, des agents des finances publiques du Loir-et-Cher et de l’Allier évoquent eux aussi les mêmes préoccupations, notamment celle de pouvoir faire face à la campagne des impôts sur le revenu qui arrive à grands pas.

C’est que le problème dépasse largement Vierzon ou le Cher. En témoigne l’arrivée des secrétaires nationaux des finances publiques des trois organisations syndicales Solidaires, FO et CGT, pour qui « il va falloir des Vierzon partout », en référence à la lutte « exemplaire » que les agents mènent ici. Les trois organisations qui disent travailler ensemble depuis longtemps sur ces questions rappellent que « tout usager, où qu’il se trouve en France, a le droit d’avoir accès au même service public ». Olivier Vadebout, secrétaire général de la CGT finances publiques, fustige la « schizophrénie du gouvernement », qui cherche à tout prix à équilibrer son budget et « qui ne donne pas les moyens aux finances publiques d’aller chercher les recettes fiscales ». Et de rappeler que la fraude fiscale représente 60 à 80 milliards d’euros en France. D’ailleurs, comment pourrait-elle diminuer avec 2 500 agents en moins tous les ans ?

À l’assemblée générale, qui se réunit comme tous les matins depuis le début de la grève, une salariée se lève : « Heureusement qu’on a le soutien du député maire Nicolas Sansu, ça nous aide vraiment. » De fait, l’édile communiste de Vierzon soutient la lutte des agents des finances publiques depuis le début. Dans un courrier qu’il a adressé au ministre des Finances Michel Sapin, il explique : « Les agents de notre centre des impôts ne sont actuellement pas en capacité de traiter les retours des 457 relances envoyées aux entreprises qui n’ont pas transmis la déclaration pour la CFE (cotisation foncière des entreprises – NDLR). Ils ne sont pas en mesure de résorber l’important retard de traitement des factures et relances pour notre service municipal d’eau potable et d’assainissement. » Rappelant au ministre que le mouvement de grève est « pleinement justifié », Nicolas Sansu fait part de son souhait le plus vif de conserver un centre de pleines compétences à Vierzon et non « un point de contact », comme le craignent les organisations syndicales. Invité à l’assemblée générale, pour laquelle la municipalité avait prêté une salle du palais des congrès, le député PCF du Cher a confirmé qu’il conduirait une délégation de salariés et de représentants des organisations syndicales, le 17 février, au ministère des Finances.