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Salaires et retraites coeur de lutte des classes

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Depuis plusieurs mois, l’inflation rogne notre pouvoir d’achat et frappe plus particulièrement les personnes aux revenus modestes. On nous explique que c’est la faute à Poutine qui, en agressant l’Ukraine, a fait bondir le prix du gaz et du pétrole dont la Russie est un gros producteur et dont nous sommes très dépendants. Si cette guerre a bien eu un effet sur le prix de l’énergie, il faut toutefois noter que les cours des matières premières augmentaient déjà avant l’invasion de l’Ukraine. Cette hausse provenait notamment de la reprise de l’économie mondiale après la crise sanitaire et des difficultés logistiques auxquelles elle se heurtait du fait de la perturbation de chaînes de valeur largement mondialisées. À cela s’ajoutait bien sûr une spéculation toujours avide d’exploiter les situations de tension. En clair, l’inflation reflète aujourd’hui l’impasse dans laquelle se trouve le capitalisme et les conséquences de la mondialisation financière.

Face à la faillite de leur modèle, les élites qui nous gouvernent sont inquiètes. Elles ont donc choisi la fuite en avant et cherchent à élargir le terrain de jeu du capital en accélérant le démantèlement de l’État social par la destruction des systèmes de protection sociale et des services publics. La réforme des retraites que veut imposer le président Macron s’inscrit dans cette stratégie.

Mais l’inflation leur sert aussi de prétexte pour tenter de conforter leur avantage. Les gouvernements et la Banque centrale européenne alertent sur le risque de voir s’enclencher une spirale prix-salaires. Cet épouvantail, largement repris par les médias dominants, n’a pourtant aucune réalité comme vient de le rappeler une étude récente du FMI et comme l’a confirmé le dernier rapport de l’OIT (Organisation internationale du travail). On peut même observer qu’au cours de l’épisode actuel, ce sont plutôt les profits qui ont tiré les prix vers le haut. Ainsi selon l’Insee, à la fin du premier semestre 2022, le taux de marge des entreprises s’établissait à 32,2 %, un peu au-dessus de son niveau moyen de l’année 2018 (31,6 %). Alors que les salariés, malgré les augmentations qu’ils ont su décrocher, n’ont pas pu maintenir leur pouvoir d’achat.

C’est néanmoins au nom de cet argument que la BCE a relevé ses taux d’intérêt. Sans effet réel sur l’inflation, compte tenu des causes de la hausse des prix en Europe, cette politique vise à adresser un message clair aux salariés sur les augmentations salariales jugées acceptables. Au-delà, la menace brandie est la perspective d’un ralentissement de l’activité économique, voire d’une récession, et ses conséquences en termes de chômage. Cette perspective, que la Banque mondiale vient de confirmer, est d’autant plus crédible qu’après le « quoiqu’il en coûte », l’heure est désormais à l’austérité budgétaire.

Au-delà de sa dimension technique, l’inflation est bel et bien l’expression d’un rapport de force entre le capital et le travail pour le partage de la valeur créée par les travailleurs. La crainte des dirigeants n’est donc pas tout-à-fait feinte : elle traduit leur peur de voir les salariés l’emporter dans ce combat. Car ceux-ci ont un moyen de se prémunir contre l’inflation : l’échelle mobile des salaires, c’est-à-dire l’indexation des salaires sur les prix. Elle existait en France jusqu’en 1983 et avait permis de maintenir puis d’accroître la part des salaires dans la valeur ajoutée. Depuis, la révolution néolibérale a permis au capital de prendre sa revanche et il compte bien maintenir son avantage aujourd’hui.

La défense du pouvoir d’achat, en revendiquant l’échelle mobile des salaires, et la préservation de nos retraites, en faisant échec à la contre-réforme du gouvernement, sont deux faces d’un même combat. Et les travailleurs peuvent le gagner.